Obtenir Adobe Flash Player
 

Tzuri Gueta - l’artiste en vogue !

par Johanna Kupfer

Pendant que certains suivent la tendance, d’autres la créent ! " Dans ce milieu, il faut sans cesse prouver son originalité " . Interview exclusive 

Alors que ses créations parent les mannequins lors des prestigieux défilés de mode des plus grands noms du prêt à porter tels que Jean Paul Gaultier, Dior, Lacroix, Prada, Louis Vuitton, Armani, Balenciaga, Jacobs…, et font la première page des couvertures de magazines de mode, il se voit décerner par la France, l’Italie et Israël, trois prix saluant sa créativité et son talent.

 Une reconnaissance internationale accueillie avec beaucoup de simplicité par ce designer d’origine israélienne résidant en France.

 

Etudiant déjà, Tzuri révèle un goût prononcé et une certaine curiosité quasi-scientifique - si ce n’est artistique - pour le travail de la matière et de phénomènes liés à la manipulation de textures originales, voire insolites.

C’est la silicone qui est à l’origine de la fabuleuse collection de bijoux qui en porte le code symbolique S151.  Une véritable avancée technologique et créative, - brevetée par Tzuri -, alliée à l’exigence de la tradition de la haute couture, qui charme et envoûte l’univers de la mode.

Algues, corail, nacre, coquillage, reptiles sous marin… Un monde aquatique semble habiter les créations de Tzuri Guetta. Des créations ? Je dirais presque des créatures… Mystérieuses formes mouvantes… vivantes ? Et lorsque l’envie irrésistible vous prend de les toucher, de les caresser, vous vous apercevez, stupéfaits, que ce que vous pensiez plat est galbé ; ce que vous imaginiez statique est en réalité en 3D… Une expérience déconcertante : les apparences sont trompeuses…

C’est à Tel Aviv, dans un petit café branché de la rue bazel, que je retrouve Tzuri. Je découvre un jeune homme chaleureux, souriant, distingué qui s’adresse à moi dans un français presque parfait avant de passer à l’hébreu - sa langue natale - étrangement teinté d’un accent français prononcé…

Tzuri achève tout juste ses retrouvailles avec son ancien professeur de l’école Shenkar (d’où il est diplômé), qui le couve du regard évocateur d’un maître fier de son élève. Et fier, il y a de quoi l’être ! Tzuri incarne la réussite dans ce qu’elle a de plus noble.

Dans une interview à cœur ouvert, Tzuri évoque son parcours, ses choix, son style, ses passions.

T&P : C’est l’année de toutes les récompenses ! Après la remise du « Grand prix de la création de la ville de Paris » en janvier, tu fais ton come back en Israël et exposes tes créations au Musée de Tel Aviv pour avoir remporté le prestigieux prix « Andy ». Quel effet cela te procure-t-il d’être ici ?

T.G : « Je n’ai jamais vraiment quitté Israël. Je suis juste parti pour des raisons purement professionnelles, un peu comme une sorte de stage de spécialisation à l’étranger pour monter de classe. Il me fallait partir en France pour rencontrer les grands, ceux qui comptent vraiment dans ce milieu. Je ne fais pas partie de ces israéliens qui quittent leur pays parce que la vie y est trop dure. Toute ma  famille est ici et rien ne me rattachait à la France. Cela n’a pas été facile de m’exiler, mais j’avais un objectif : aller au bout de mes convictions !

Une fois mon style identifié et affiné, j’y suis resté fidèle. Et aujourd’hui, on reconnaît ma spécificité. C’est une grande bénédiction venue du ciel. Je suis heureux de pouvoir enfin montrer à ma famille et mes amis mes créations… une partie de moi-même ! »

T&P : Alors justement, comment se sont passés tes débuts en France. Comment es-tu parvenu à infiltrer le réseau si sélect des grands couturiers ?

T.G : « Pendant mes études à Shenkar, toute ma promo a été envoyée à l’exposition « première vision » de Paris. Ce voyage fut décisif puisque, armé de mon book, je me suis présenté auprès des grands designers de l’époque : Ted Lapidus, Thierry Mugler et Koji Tatsuno. Les trois furent emballés par mes travaux et m’ont immédiatement passé commande. Les plus importantes de ma vie ! Sans aucun effort, je venais de mettre un pied dans le monde si prisé de la haute couture.

Avec du recul, je pense que ça a été pour moi le déclic qui me manquait pour partir en toute confiance. Il me fallait cette dose d’insouciance et de motivation pour entreprendre cette aventure. »

Après avoir ouvert son studio en Israël et travaillé, entre autres, pour Gottex et Camron, Tzuri décide donc de s’envoler pour la ville des lumières en 2000 et crée sa propre enseigne « Silka Design ».

T.G : « Après mes premiers grands succès et la joie de voir mes créations portées, - entre autre lors du défilé de Thierry Mugler - et mon nom en première page de toutes les couvertures de Gala…, j’ai à nouveau dû refaire mes preuves. Dans ce milieu, il faut sans cesse prouver son originalité.

En France, le côté étranger m’a beaucoup aidé, comme une petite touche exotique à ajouter à mon profil. Lorsque tu prétends n’être là que de passage, tout le monde veut te voir, t’avoir ! Tu es différent, donc forcément unique. »

T&P : En quoi ton style s’avère-t-il unique ? D’où te vient ton inspiration ?

T.G : « J’habite en France, mais je représente une culture tout autre, celle d’Israël. Je travaille sur des mélanges de textures que les français n’auraient pu imaginer et pour cause : je pratique, par exemple, des expériences sur de la dentelle que j’allie à la silicone, ce qui m’amène vers des horizons inexplorés jusqu’alors. Pour ce faire, il m’arrive d’avoir à brûler de la dentelle ou de lui faire subir certaines mutations… Un Français a tellement de respect pour cette matière, qu’il lui semblerait inconcevable de la « maltraiter ». Mes travaux, grossiers au début, gagnent pourtant en finesse et en poésie à force de manipulations…

Je suis très attaché à mes racines, à la terre et j’aime à concilier les textures de façon non conventionnelle : mélange de traditions et de nouveautés, de bases nobles et de matières premières industrielles… Je suis très sensible aux codes culturels, aux symboles, aux détails… Un peu comme un sismographe, qui traduit ce qu’il voit dans la rue, les écrans, les médias… en art. »

Tzuri transcende la matière, la détourne… Ses créations bouleversent nos sens et semblent presque éveiller en nous un sentiment familier. Une impression de déjà-vu que le créateur nous explique :

T.G : « Mes créations sont très organiques. Instinctivement, elles nous rappellent notre enfance, la mer… La silicone a cette particularité d’être une matière si naturelle qu’elle épouse parfaitement le corps humain. Elle se travaille dans des couleurs et textures diverses, peut imiter bois, ivoire, corail ou cuir, adopter la forme souhaitée sans que l’on en voie la couture. Un véritable jeu de formes et de couleurs qui exacerbe les sens, l’imagination.

Je suis comme un enfant qui s’enthousiasme face à un tour de magie. Même s’il ne comprend pas tout de suite le comment, il s’extasie du résultat. C’est cet instant magique du « Waouh » que je recherche sans cesse dans mon travail. Des secondes précieuses qui subliment une vie.

Ayant grandi dans un moshav à Hadera, au sein d’une famille manuelle travaillant dans des manufactures, j’ai été confronté à des matériaux différents de ceux que l’on a l’habitude de côtoyer dans l’univers de la mode. Ainsi, pour mon projet de fin d’étude, nous devions choisir une matière, la détruire pour mieux la reconstruire. Au lieu de la colle, j’utilisais de la silicone et en guise de ciseaux, une perceuse. J’aime disséquer la matière pour essayer d’en comprendre tous les paramètres… »

T&P : Cela sonne presque scientifique…

T.G : « Ca l’est ! Je travaille effectivement comme un scientifique le ferait avec ses expériences : J’essaye un procédé, le laisse reposer, reviens le lendemain attester de son évolution, l’accroche au mur s’il est fascinant ou continue sur ma lancée si le résultat n’est pas concluant. Si un verre de vin se renverse sur mon pantalon et qu’il en ressort une tache dont la forme présente un certain intérêt à mes yeux, je la découperai pour mieux l’analyser. »

T&P : D’où le terme « accidents de travail » qui revient souvent dans tes déclarations.

T.G : « Exactement. Les phénomènes accidentels sont souvent intéressants. J’apprécie d’autant plus les choses lorsqu’elles ont un parfum de vécu, un passé, une histoire… Pour moi, la mode, l’esthétique, n’est pas synonyme de perfection. Au contraire, c’est dans l’imperfection que réside toute la grâce, la beauté ! Sinon, on reste à un niveau purement commercial : tout est identique, coupé à la règle, bien droit, symétrique… fade !

J’aime le hasard, la providence, voir en tout le bon côté des choses, comme la Torah le dit : « Gam zou létova » : tout est pour le bien. Au lieu de lutter contre des événements à priori contraignants, je cherche à comprendre le pourquoi et à optimiser la situation actuelle. S’obstiner dans une voie ne rime à rien sinon à souffrir. Quant à moi, si je n’ai pas de règle pour tracer droit et bien je n’attends pas : je trace une ligne libre ! A la fin, tout trouve un sens. »

T&P : Comment se passe le travail en équipe avec les grands couturiers ? Sur quel projet travailles-tu en ce moment ?

T.G : « Alors que certains couturiers savent exactement ce qu’ils recherchent, d’autres n’ont qu’une vision partielle de ce qu’ils attendent de moi. Le premier rendez-vous est basé sur l’instinct.  Je présente au préalable mon travail, et s’ils accrochent, ils me montrent le style qu’ils affectionnent.

En ce moment je travaille sur la nouvelle collection Chanel. La prochaine saison sera riche en couleurs, surréaliste, avec de nombreux motifs fleuris. Avec mon matériel, je dois leur montrer comment je peux transformer leur tissu et lui donner cette petite touche d’imprévue qui sublimera la collection. C’est un travail de communication.

J’ai pour ce faire une équipe de huit employés formidables et je m’emploie à être un bon patron. Mes créations sont faites à la main et il est parfois dur de livrer commande dans les temps… Mais, c’est ce que l’on appelle déjà un « problème de riches » ! »

T&P : Tu ne te limites pas aux bijoux. Tu as créé également toute une gamme d’objets art-déco : lampes, rideaux, vélo… Quels sont tes objectifs dans le futur proche, ton rêve ?

T.G : « J’aimerais m’aventurer dans de nouveaux domaines. En l’occurrence, je teste en ce moment mes techniques sur la gastronomie. J’ambitionne de mettre au point une nouvelle gamme de desserts, à l’image de mes créations ! Comme lorsque j’intègre dans mes modèles de la silicone, j’incorporerai de la meringue, de la crème, du chocolat dans des mets, pour en rehausser l’aspect esthétique, innover, détonner ! Je pense avoir de quoi dire sur le sujet.

Après avoir été exhibées à travers le monde, lors de prestigieux défilés de mode à Tokyo, Milan, Paris, New York ou encore dans des expositions et galeries d’art, notamment au musée Moma à New York et au centre Pompidou de Paris, c’est donc au musée d’art de Tel Aviv que les créations de Tzuri nous sont aujourd’hui révélées. « J’aime le public du musée » me précise Tzuri, « c’est un public inspiré qui recherche la nouveauté. Je me sens dans mon univers dans ce cadre. »

Intriguée et charmée par la personnalité artistique de ce créateur de génie, je me rends à cette fameuse exposition au musée d’art de Tel Aviv. Tout revêt alors une nouvelle signification, une nouvelle dimension…

Ici, le textile semble interagir avec l’espace : un somptueux luminaire - œuvre de la silicone soufflée à la fibre de soie - suspendu au plafond, semblent tomber comme autant de gouttes de pluie… Un rideau de corail noir envahit l’espace… Un vélo abandonné prend racine, submergé par des espèces venues d’un monde sous marin, ce même univers aquatique qui semble déferler avec toute la puissance des vagues sur un pan du mur...

Tantôt sauvages, primitives, organiques… tantôt poétiques, romantiques, sensuelles…, les créations de Tzuri sont pour le moins audacieuses, insolites… uniques !

Tzuri qui vient tout juste de se marier me confie que, si un retour en Israël n’est pas prévu dans l’immédiat, il espère y revenir un jour… « Le pays a beaucoup évolué dans le domaine du textile et abrite de nombreux talentueux créateurs dont je suis l’évolution de près. J’espère également pouvoir influencer et faire avancer les choses en Israël. Ici, je me sens revivre, je respire. Israël est pour moi source de jouvence… »

Nul doute en tout cas qu’il soit pour lui source d’inspiration…

 

 

Obtenir Adobe Flash Player
Obtenir Adobe Flash Player
 
 
 
Tendances & Prestige | © 2010