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«Sépharade » d’Eliette ABECASSIS

par Johanna Kupfer

Peut-on échapper à son destin, renier ses racines, choisir son avenir ? Un homme naît-il libre… ?

Autant de questions que se pose l’héroïne de ce roman, Esther Vital - juive marocaine née à Strasbourg -, à la veille de son mariage.

Quel moment plus propice que celui de cette célébration pour prendre conscience du besoin de l’Autre, pour se livrer par amour de l’Autre, pour se découvrir à travers l’Autre …

Une véritable introspection rythmée au gré des traditions et de la culture juive, de l’histoire d’un peuple et de son exil, de la nostalgie ressentie pour un pays aimé : le Maroc, et de l’envie de s’identifier à un pays si longuement désiré : Israël.

Et que dire de tous les protagonistes de ce livre : le sépharade, l’ashkénaze, le révolté, le soumis, le non juif... Roman ou psychanalyse ?

Eliette Abecassis dresse un véritable portrait du monde sépharade et nous livre la clef d’un mystère : celui qui se transmet de génération en génération, celui que se propose de révéler le père de la future mariée à son promis, si tant est qu’il se montre digne des ambitions que nourrit un père pour sa fille…

Un suspens qui tient le lecteur en haleine… Celui-ci s’attache à ces personnages si pittoresques, émouvants de par leurs faiblesses pourtant si dérangeantes, mystérieux de par une culture si omniprésente, bouleversants de par leur amour exclusif voire possessif, et intéressants de par leur identité multiple, riche, indéfinie….

Torturés ou torturants, blessés ou blessants… Pathétiques ? Humains tout simplement.

Certains pourront se retrouver dans les stéréotypes évoqués : ces mélodrames familiaux, faits de chantages affectifs et d’amour débordant, étouffant… Tout ce pathos… En rire ou en pleurer ? Au lecteur d’en décider…

D’autres ressentiront une certaine mélancolie à l’évocation des traditions ancestrales et faits historiques avec leur lot de souffrances, de déportations, mais aussi de bonheur, de gaité, de joies à partager…

On a l’impression de sentir les parfums des orangers, de goûter aux pâtisseries d’amandes et de miel, d’entendre vibrer les accords de musique orientale, de voir défiler les tuniques et djellaba colorées...

Cependant, d’autres encore pourraient être offensés par le portrait peu flatteur (pour ne pas dire franchement péjoratif) que l’auteur dresse notamment des ashkenazim : froids, calculateurs, tristes, dépourvus d’émotions... Ils tiennent certes le mauvais rôle.

Si certains aspects nous semblent familiers, les personnages sont dépeints de façon trop caricaturale, stéréotypée. On aurait aimé plus de subtilité, de finesse, de légèreté.

De même, si l’on apprécie la riche documentation, les anecdotes historiques et les références bibliques qui parsèment le roman, on ne peut toutefois que déplorer certaines longueurs dans le texte.

Esther apprend à se connaitre, à s’aimer … Et nous ? Le lecteur sort-il de ce livre davantage éclairé ou hanté par un passé qui lui semble soudain lourd à porter ? Sommes-nous unis par notre judaïsme ou catalogués par nos origines aux multiples racines ?

A vouloir tout dire, trop expliquer, tout argumenter… Ne sent-on pas le besoin exaspérant du juif de devoir toujours se justifier, légitimer ?

Alors, « Sépharade » : synonyme de fierté ou de complexe ? Une appartenance indéfectible. Pour le meilleur et pour le pire…

 

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