Un an après le début de l’une des plus graves crises économiques depuis la Grande Dépression, qui s’est entre autre manifestée par la faillite de nombreuses compagnies, la chute de géants comme les banques d’affaires américaines Lehmann Brother ou Bear Sterns et la perte de millions d’emplois, la reprise, bien qu’encore fragile, semble enfin s’amorcer. L’enjeu consiste à la pérenniser.
Ce constat semble aussi valable pour l’économie israélienne dont la reprise a d’ailleurs récemment été désignée par Barclays Capital, dans l’un de ses rapports, comme la plus importante de l’ensemble de la région Europe, Moyen-Orient et Afrique. En effet, cette dernière connait une croissance de 2.2% durant le troisième trimestre 2009, faisant suite à une croissance de 1% au deuxième trimestre et à deux trimestres successifs de croissance négative, sortant ainsi formellement de la récession.
Ces dernières années, le marché financier israélien a été significativement marqué par des événements majeurs : Quelles ont été les incidences de l’application en 2005 de la réforme Bah’ar sur les marchés financiers israéliens ? Comment le pays a-t-il réagi en temps de crise ? Comment expliquer le phénomène Forex ?
T&P a rencontré Yohan KADOCHE, directeur de CAMALIA, un des groupes leaders en Israël pour son service de courtage, pour une petite mise au point. Décryptage.
Jeune virtuose de la finance et ex-trader londonien, Yohan KADOCHE décide de mettre ses longues années d’expérience à la City, sa connaissance des marchés internationaux et sa culture européenne au service du marché israélien.
Il monte en Israël et décide d’y établir sa société de bourse, Camalia Capital Market Ltd, qui en l’espace de 5 ans, s’impose comme une référence locale solide du marché financier international.
C’est dans le siège de sa société, au 29ème étage de la tour Azrieli, à Tel Aviv, que Yohan nous reçoit.
Des traders, une main posée sur leur téléphone et les yeux rivés sur des écrans qui diffusent en continu les fluctuations boursières et autres informations économiques mondiales… Des analystes financiers qui, de par leur expérience et connaissances des marchés, traduisent ces données en anticipations boursières… Une frénésie propre à l’univers des salles de marchés financiers.
T&P : « Quels sont les services que proposent Camalia » ?
Y.K : « Camalia propose aux investisseurs institutionnels, des services de brokerage de valeurs mobilières avec un accès direct et continu aux marchés financiers internationaux. La compagnie est spécialisée dans les Futures, obligations et les marchés actions, avec des volumes d’échange de titres journaliers qui atteignent en moyenne 100 millions de dollars par jour ».
T&P : « Pourquoi créer une plate-forme Camalia en Israël ? »
Y.K : « La décision d’installer une antenne en Israël a suivi de prés l’adoption de la Loi Bah’ar, en Juillet 2005. Une reforme qui a changé radicalement les règles du jeu en Israël ».
Petite Rétrospective :
Avant l’application de cette réforme, le marché bancaire israélien était très largement dominé par un nombre restreint d’établissements financiers qui se partageaient le marché. Par ailleurs, la concentration des activités de banque d’investissement et de gestion de fonds et d’assurance au sein de ces mêmes banques donnait naissance à de potentiels conflits d’intérêts entravant le développement d’un marché efficient, transparent et concurrentiel, et de manière générale, le développement de toute l’économie.
Les objectifs de la réforme Bah’ar étaient multiples : mettre fin à cet oligopole, proposer aux entreprises de nouvelles possibilités de financement en développant des sources de financements alternatives, avec l’émergence d’institutions financières non bancaires et donc d’un véritable marché du crédit, et enfin faciliter pour les clients le passage d’un établissement à un autre. Le tout induisant un cercle vertueux et permettant d’améliorer la stabilité financière du pays.
« Aussitôt, des sociétés américaines, comme Markstone, se sont installées en Israël et ont pu racheter les fonds d’investissement, qui n’étaient désormais plus reliés aux banques. Aujourd’hui, ces institutions peuvent librement choisir leur broker, sur la base de critères de performance et de coût, et ne sont plus tenus de passer par les institutions bancaires. C’est là qu’intervient Camalia ».
T&P: « Quel est l’avantage d’un broker tel que Camalia » ?
Y.K: « Camalia s’est donné pour mission d’offrir un service de proximité a ses institutions, en s’installant sur place, en Israël. Ainsi, nous pouvons leur garantir un accès sur les marchés financiers en leur fournissant une analyse, une recherche et une technologie hautement personnalisées. Camalia est donc un intermédiaire du marché financier pour la clientèle institutionnelle israélienne. »
T&P : « Qui sont les principaux bénéficiaires de vos services ? »
Y.K : « A ce jour, les activités de Camalia sont exclusivement institutionnelles. Nos clients bénéficient de notre expérience du marché européen, qui était alors je pense sous estimé par les investisseurs israéliens. Ces derniers se concentraient jusqu’alors principalement sur le marché nord américain ».
Lorsque l’on le questionne sur l’impact de la crise mondiale sur le marché financier israélien, Yohan se veut rassurant et positif. Selon lui, « après un passage à vide dans le pays en 2008, marqué notamment par le démantèlement de Prisma, le sentiment de confiance est revenu».
Force est de constater, que dans ce contexte marqué par une certaine méfiance envers les investisseurs, qui a eu un effet boule de neige sur les Bourses mondiales, le marché des changes tire clairement son épingle du jeu.
Ainsi, profitant de la crise financière, de nombreux investisseurs ont reporté leur stratégie de trading et d’investissement sur le marché des changes : le FOREX.
Issu de la contraction des termes anglais, Forein Exchange, Forex est le surnom universellement donné aux marchés des changes. Ce marché mondial, qui est essentiellement interbancaire, est le deuxième marché financier de la planète en termes de volume global, derrière celui des taux d’intérêt.
Une Possibilité de trader 24h/24h, 5 jours par semaine, une liquidité excellente, une forte volatilité et un effet de levier… Tels sont les ingrédients qui font du Forex un marché si attractif.
Alors que ce dernier est estimé en 2004 à 2 trillions de milliards de dollars, il se chiffre à 4.5 trillions de milliards en 2008, soit une augmentation de plus de 100%.
Il suffit de constater le nombre de plateformes de trading mises à la disposition des particuliers sur internet, ainsi que les outils d’informations en temps réel - jadis réservés aux traders professionnels dans les salles de marché - pour en comprendre sa portée.
T&P : « Aujourd’hui, Israël est considéré comme l'un des plus grands centres de Forex mondiaux, avec plusieurs dizaines de plateformes. Une tendance que Camalia ne semble pas enclin à suivre. Qu’elles en sont les raisons ? »
Y.K : « Jusqu'à maintenant le Forex était animé par des institutions non réglementées. Ce marché n’était pas régulé par les autorités, de ce fait n’importe qui pouvait ouvrir une société Forex. En augmentant les effets de leviers, ces compagnies donnaient un accès à des particuliers qui pouvaient ainsi déplacer de fortes sommes d’argent avec un investissement minimal de 100$. Mais bien souvent, le client ne disposait d’aucune couverture.
Récemment, l’autorité de régulation en Israël, la Réchouth Niyaroth Erèh’, a décidé de contrôler ce marché pour surveiller la gestion effective de l’argent du client. Désormais, le Forex connaîtra le même système de régulation que celui des actions, obligations, futures… »
Une exigence de transparence qui vise à contrôler l’origine des fonds, la couverture du client et à instaurer une rigoureuse séparation entre l’activité de la compagnie et les comptes des clients, afin de protéger ces derniers.
« Si Camalia devait se lancer dans le Forex, c’était nécessairement d’une façon réglementée, allant de paire avec sa notoriété et sa solide réputation auprès des banques et autres institutions israéliennes », nous révèle Yohan. « Pourtant, le manque de fiabilité propre au marché du Forex n’était pas conforme à l’image que se veut de refléter Camalia : celle d’un partenaire de confiance, à la fois stable et crédible. Aussi, après mûres réflexions, Camalia a décidé de ne pas s’y aventurer et de se concentrer sur le service institutionnel».
En effet, Les opérations de change comportent des risques : le haut degré de volatilité sur le marché des changes et la possibilité de recourir à une part d’endettement sur ses positions, via effet de levier, peuvent mener à des pertes rapides et conséquentes.
Citons Samuel Langhorne Clemens, dit Mark Twain, écrivain et journaliste américain du 19ème siècle, connu pour ses traits d’humour irrévérencieux et satiriques : « Il y a deux moments dans la vie d'un homme où il ne devrait pas spéculer: lorsqu'il ne peut pas se le permettre et lorsqu'il le peut ».
Selon Jonathan KRIEF, trader de la compagnie : « l’objectif de Camalia est avant tout de redonner confiance aux clients. Grace à sa technologie de pointe, ses positions sur le marché financier, et l’application des règles de transparence, le marché financier ne sera plus assimilé à un casino qui s’enrichirait aux dépens de ses joueurs ».
A méditer…