ou l'art de vendre, dans le bon sens du terme, la High Tech israélienne à l'étranger. Ses multiples activités donnent le tournis.Entretien avec le PDG-Fondateur de Catalyst Funds et Président de Cukierman & Co Investment House.
Ses multiples activités donnent le tournis. Elles dénotent un dynamisme tous azimuts : de la finance à l'éducation, de la High Tech au volontariat, du champ explicatif à la cellule de crise…Et principalement, en tant que banquier.
Les Cukierman sont originaires d'Ozarow, un village polonais situé au sud de Varsovie. La famille rejoint la France en 1932, pour échapper tout à la fois à la misère et à l'hostilité ambiante. A Paris, en ces temps-là, ce n'était pas non plus la joie pour les juifs de l'Europe de l'est. C'était le temps des luttes politiques, entre différents courants de la droite et la gauche, pour l'accaparation du pouvoir. C'était le temps aussi de fortes dissensions au sein du monde juif, entre l'establishment d'hier, qui veillait jalousement sur ses acquis, et les nouveaux venus qui briguaient une place au soleil. Les Cukierman, alliant ténacité, dispositions et talent, ont parfaitement tenu cette gageure.
Mati Ben-Avraham : Et si je vous demandais un autoportrait, par exemple…
Edouard Cukierman : Vous l'avez signalé : j'ai 44 ans, marié, père de trois enfants, 15 ans, 13 ans et 9 ans, qui malheureusement, ne parlent pas très bien le français.... J'ai accompli la majeure partie de mes études en France. Je suis titulaire d'un MBA, décroché à l'INSEAD Fontainebleau. J'ai immigré en Israël voici un peu plus de 25 ans. J'ai terminé mes études au Technion de Haïfa et l'armée bien sûr. En tant qu'officier de réserve, je suis affecté d'une part aux services du porte-parole de l'armée, en charge des médias internationaux, européens plus spécifiquement et, d'autre part, je suis responsable d'une cellule de négociations : " crise et otages".
Au plan civil, je dirais professionnel, j'ai créé en 1993 une banque d'affaires qui, aujourd'hui, est active dans quatre domaines d'activités. Le premier a trait à la levée de capitaux. Il comprend une trentaine de personnes, parmi les plus compétentes en Israël dans ce métier. Nous avons opéré la plupart des transactions entre des sociétés israéliennes et des sociétés européennes, avec une levée de capitaux portant, en Europe, sur plus de trois milliards d'euros pour les entreprises israéliennes. Nous avons également géré la majeure partie des introductions de sociétés israéliennes en France, en Allemagne, en Suisse, et nous avons aidé des sociétés à racheter des entreprises européennes. Voilà, grosso modo, pour ce premier corps de métier.
MBA : Au suivant, donc.
Edouard Cukierman : Là, il s'agit d'un fonds d'investissement, Catalyst, dans lequel je suis fortement impliqué, que j'ai également créé en 1993. Les investissements sont orientés vers diverses technologies, particulièrement innovantes. Les investisseurs viennent de tout les pays du monde, en particulier d'Europe : des groupes institutionnels, tel le Crédit agricole, ou privés, Dassault par exemple. Le troisième domaine est celui de la gestion de portefeuilles, nous aidons nos clients, étrangers principalement, à louer leur argent aussi bien ici, en Israël, que sur les marchés internationaux. Enfin, en quatre, nous conseillons des entreprises israéliennes à s'implanter à l'étranger.
MBA : Et au plan de l'engagement personnel?
Edouard Cukierman : Sar El, dont j'assume la présidence des Amis de cette organisation, créée en 1982 par le général Davidi. Nous accueillons plus de 4000 personnes par an, qui viennent accomplir un volontariat, un mois durant, dans les bases militaires à travers le pays. Notre rôle est de lever environ 400000 dollars par an, pour financer la venue de ces volontaires, le coût de chacun d'entre eux étant de 100 dollars. Par ailleurs, je siège également au Conseil d'administration de l'Alliance Israélite Internationale.
MBA : En ce qui a trait aux sociétés israéliennes, éprouvez-vous quelques difficultés à lever des fonds?
Edouard Cukierman : Vendre Israël est loin d'être facile. Peut-être moins sur le marché américain, que sur le marché européen qui est notre cible principale. La médiatisation d'Israël et l'image qu'en perçoivent les européens sont tellement influencées par les évènements politiques que, quelque part, cela a un impact sur la prise de décisions des entreprises européennes. Maintenant, et fort heureusement, beaucoup d'investisseurs regardent l'opportunité d'investissement et non pas l'aspect géopolitique. En témoignent les performances des sociétés israéliennes cotées en Europe – elles sont aujourd'hui plus de 80 – dont l'index est supérieur à celui des sociétés européennes. Mais c'est vrai que, chaque fois que nous démarchons pour une introduction en Bourse, nous sommes en butte à des réticences. Voyez, par exemple, la Deutsch Bank qui, il y a peu, s'est retirée d'Elbit Systems, pourtant particulièrement performante sur le marché militaire. Manifestement, cette décision relevait du politique et non pas des résultats de la société israélienne.
MBA : Comment analysez-vous le succès hors norme de la High Tech israélienne sur le marché mondial?
Edouard Cukierman : Plusieurs éléments ont contribué, contribuent encore à cette success story. Le premier d'entre eux est le terreau. Il y a, ici, 140 ingénieurs dans la recherche et le développement pour 10000 personnes contre 85 aux Etats-Unis, 65 au Japon et 28 en Angleterre. Ensuite, si vous regardez le pourcentage du PNB consacré à l'Education, Israël se positionne à 9,2%, contre 7% en Corée du sud, 6,4% aux Etats-Unis et 5,3% en Angleterre Autre élément, l'immigration massive des juifs des juifs de l'URSS, plus d'un million de personnes, dont 33% nanties d'un diplôme d'ingénieur. Ce fut une contribution énorme pour le développement technologique du pays. Autre élément, essentiel, le poids de la recherche et du développement au sein de l'armée. Nombre de ces travaux destinés à creuser l'écart au plan qualitatif avec les armées hostiles sur de multiples plans, ont trouvé aussi une application civile et permis l'envol de start-up, qui ont connu des succès internationaux. Enfin, je pense à un autre élément. Comme nous n'avons pas de marché intérieur, les israéliens se doivent, d'emblée, d’adopter une démarche internationale. 74% des exportations sont liées à la haute technologie, d'où son rôle de locomotive dans la croissance économique du pays, ce qui ne se dément pas, en dépit de difficultés liées et au contexte géopolitique et aux crises qui frappent les marchés mondiaux. Vous savez, au-delà du rationnel, je crois aussi, tout comme le dit souvent Yossi Vardi, qu'il y a dans cette réussite un fond de mère juive qui pousse l'israélien à être un entrepreneur dans l'âme…
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, est encore président du Better Online Solutions LTD, ainsi que membre du conseil de Technologies Lamina en Suisse et de Mainsoft en Israël. En 2000, il a été PDG de Astra Technological Investissements, un fonds de capital-risque créé en 1993 (première société Israélienne cotée en Europe continentale), et également Président du Conseil de Surveillance de Citec Environnement et Services SA à Paris.